Ou presque. D'un côté, le temps que j'écrive sur tous les livres que j'ai lus, un an de plus sera passé. Vous verrez vite lesquels sont ceux que j'ai le plus apprécié, au nombre de choses que j'ai à dire sur eux.

- Le livre de l'intranquilité, Fernando Pessoa
C'est le journal intime de l'auteur, sauf qu'il s'est inventé un personnage. Un personnage à côté de la plaque, dans un monde à part, pourtant l'être le plus banal qu'il est possible de rencontrer. Il y a de magnifiques réflexions parsemées dans le livre, malheureusement accompagnées d'interminables délires oniriques qui ne m'ont absolument pas plu. C'est un livre qu'on a envie de couper en plusieurs morceaux pour n'en garder que les meilleurs. L'avantage c'est que ce style double dévoile bien le caractère de l'auteur et peut interpeller deux fois plus de gens. Vous pouvez vivre sans le lire, d'autant plus qu'il est très long, mais si jamais vous en avez l'occasion, prenez-la. Si vous êtes dépressif, évitez par contre. Ou cachez tout ce qui peut tuer loin de vous.
J'ai relevé un grand nombre d'extraits, souvent accompagnés d'ailleurs de petits bonhommes qui se pendent eux-mêmes pas désespoir dessinés par mes soins tellement c'est déprimant. Je ne mets que de petites citations, lourdes de sens : 'J'ai échoué, comme la nature entière'. Ca c'est un résumé clair de tout ce qui est écrit dans le livre. Ca vous confirme que c'est déprime-land. "La vie nous lance en l'air comme des cailloux, et nous disons de là-haut : "Voyez comme je bouge." C'est terrible mais tellement vrai, et tellement beau, cette vanité qui nous caractérise... Bref. C'est un livre par instants sublime qui fait penser. C'est tout ce qu'on demande à la littérature.

- Journal, Franz Kafka
Que dire? Je l'ai lu en 5 jours, en sautant bons nombres de passages (genre quand il écrit cinq pages sur des acteurs dont tout le monde se fiche à part eux et lui). J'ai pas aimé Le Procès, trop bizarre. (Par contre, j'ai bien kiffé le film, sûrement à cause de la musique.) J'ai un peu plus aimé le Journal. Il est dans un genre proche du Livre de l'Intranquilité, mais il lui manque les digressions psychologiques dont je raffole. Verdict : à part quelques extraits qui ont retenu mon attention (mais que je ne chercherais pas, vu l'épaisseur du bouquin), bof. Je suis très conventionnelle, Kafka c'est pas mon dada.

- Le Cid, Corneille
Qui ne l'a jamais lu? Dénoncez-vous que je puisse vous blâmer. C'est mal de ne pas l'avoir lu, c'est très mal. C'est un classique, un incontournable, un chef-d'oeuvre de poésie, le sommet de la tragi-comédie. Il est loin d'être mon livre préféré, mais ça c'est une question de feeling. Objectivemment, intellectuellement, cette pièce est magnifique. Comme je n'ai pas le livre à la maison je vais écrire quelques citations de mémoire que vous avez déjà probablement entendues : "A vaincre sans péril on triomphe sans gloire.", et les célèbres "Va, je ne te hais point" (cette fameuse litote dont tous nos profs de français ont parlé un jour) et surtout "Ô rage, Ô déséspoir, Ô vieillesse ennemie!", ma préférée. Ce livre est une mine de citations en or, toutes plus pertinentes et bien dites les unes que les autres. Vous ne pouvez continuer votre vie sans avoir lu, au moins, le monologue de Rodrigue. D'ailleurs, LISEZ le monologue de Rodrigue, c'est un ordre. (Vous le trouverez sur le net.)

- Le jardin des Finzi-Contini, Giorgo Bassani
Mouais. C'est un roman quoi. Certes il y a un message et une psychologie bien précis (les juifs, la guerre, le souvenir, etc.) mais rien de révolutionnaire à mon humble avis. Il se laisse lire mais je n'y ai rien trouvé.

- La nuit et le moment, Crébillon fils
Une pièce de théâtre qui n'est pas très connue et qui pourtant devrait faire partie des classiques. Dans le même style que les Liaisons Dangereuses, c'est un livre sur le libertinage, la décadence et tout ce qui caractérisait la société désoeuvrée de l'époque. J'ai vraiment accroché. J'avais une feuille de papier et un stylo avec moi dès que je le lisais pour écrire toutes les remarques qui me venaient à l'esprit. C'est un livre libertin, philosophique, ironique et... coquin. (Vi vi. Il y a des arrières pensées érotiques tout le long du dialogue des protagonistes.) J'avais écrit un article dessus pour le journal étudiant (comme quoi, il vaut vraiment le détour), j'en copie un extrait : "Crébillon réussit le pari d’adapter la forme au fond : ruptures de styles, mélanges de genres s’associent aux mots d’esprit des personnages et à la fluctuation de leurs désirs. L’auteur se démarque avec style des conventions classiques, dénonce les illusions des moralistes, rend compte d’une philosophie ironique nouvelle qui fait exploser les notions idéalisées de vertu et d’honneur. " (J'adore me citer moi-même.) Petite citation ironique de Crebillon tout de même, pour vous mettre en appetit : " J'ai tant de peine à croire que vous l'aimiez, que je croirai bien aisément que vous ne l'aimez plus".

- L'Heptameron, Marguerite de Navarre
Soyons honnêtes, je ne l'ai pas fini. D'un côté, vu que le livre de toute façon n'est pas terminé (l'auteur étant morte avant de l'achever), ça ne change pas grand chose que je me sois arrêté un peu avant. Vous êtes d'accord. Le principe est que pendant 10 jours, 10 personnes racontent une histoire par jour. Mais il n'y a que 7 jours (d'où le nom du bouquin). C'est assez amusant, mais c'est difficile à lire vu que c'est le vocabulaire et la syntaxe du XVIe. Même si ce n'est pas écrit en vieux français (encore heureux), c'est pas franchement évident. C'est pas non plus super compliqué, d'ailleurs c'est pour ça que j'ai bien voulu essayer de le lire. Brrrref. Les petites histoires varient en longueur (les plus courtes sont les meilleures...). Ca tourne essentiellement autour de l'amour, abordé de façon romantique ou bien tragique, humoristique... Je n'irai pas jusqu'à dire que j'me suis bidonnée mais c'était mieux que ce à quoi je m'attendais.

- Du côté de chez Swann, Marcel Proust
Ah! Proust! Quel talent. Oui il fait des phrases de 1000 mots (au moins), oui il insère propositions dans propositions jusqu'à qu'on ne s'y retrouve plus, oui il lui faut plusieurs pages pour parler de fleurs ou de meubles, mais qu'est-ce qu'il écrit bien. J'ai particulièrement apprécié le chapitre sur Swann et Odette. J'vous situe vite fait : Odette est amoureuse de Swann, lui pas tellement, puis elle va voir ailleurs, et là il devient très jaloux. Proust plonge dans les ténèbres (que c'est bien dit) de la jalousie, il la décortique pendant touuuut le chapitre (qui est très long). C'est fantastique. Et puis il y a également le passage bien connu de la madeleine qui est d'une intelligence remarquable, il met en mots ce que personne d'autre que lui ne serait capable de décrire. "Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des autres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir." Il faut le lire. C'est certes long (une page ou deux en 10 minutes si on veut bien tout comprendre) mais c'est génial (c'est à dire derivé du mot génie et non pas "trop génial quoi anh").

- Les Faux-monnayeurs, André Gide
Boaf. Sympathique. Je l'ai lu comme un roman. C'en est un bien sûr donc ceci explique cela, mais ce que je veux dire c'est que je l'ai lu comme j'aurais lu Harry Potter. Bon non, peut-être pas, Harry Potter je suis en transe quand j'ouvre le bouquin, ce qui n'était pas le cas avec Gide. ... Est-ce que vous me comprenez? On va dire que oui. L'histoire est assez intéressante, elle parle de jeunes garçons et de moins jeunes qui découvrent la vie. Evidemment Gide étant gay, on peut se douter que les personnages le sont aussi. C'est une histoire de pédérastie en fait, de l'apprentissage de l'amour par des adultes à des adolescents. Bien sûr Gide est talentueux mais, si son style est parfois brillant, parfois il l'est moins. J'ai repéré de grands moments et j'ai aussi repéré des passages merdiques (il faut le dire) genre "tiens on a fini de parler de machin, allons voir bidule". Nul, nul, nul, j'aime pas du tout cette façon de faire. C'est au début du bouquin alors ça m'a mal disposée au reste. Peu importe, ne gardons que le meilleur : "Si l'on pouvait recouvrer l'intransigeance de la jeunesse, ce dont on s'indignerait le plus, c'est de ce qu'on est devenu."

- Oberman, Etienne de Senancour

- Mémoires d'Outre-tombe, François-René (le prénom qui pue) de Chateaubriand

- Le Misanthrope, Molière

- L'Ingénu, Voltaire

- Hernani, Victor Hugo

- La condition humaine, André Malraux

- On ne badine pas avec l'amour, Alfred de Musset

- La modification, Michel Butor

- Le Roi se meurt, Eugène Ionesco

- Fin de partie, Samuel Beckett

- L'équipée malaise, Jean Echenoz

- La comédienne, Somerset Maugham

- Sylvie, Gerard de Nerval

- La jeune fille à la perle, Tracy Chevalier

C'est que j'ai vachement lu cette année moi.